La nuit noire de l’âme

La nuit noire de l’âme

Passage initiatique

Ce terme est celui que l’on retrouve dans les livres ésotériques ou dans beaucoup de traditions. Je pense qu’il s’agit d’une étape vécue de manière dramatique par la personnalité quand, de manière inconsciente, elle s’est éloignée de son âme.

La personnalité est dans le vide noir dans lequel la lumière de l’âme a disparue, où il ne reste que le silence.

C’est un processus de métamorphose où l’individu doit abandonner l’image qu’il s’est construite de lui-même. Il se dés-identifie de la matière pour s’identifier à son grand Soi. Là où conscient et inconscient se rejoignent pour ne faire plus qu’un.

Les étapes de ce processus.

Sur le chemin de notre vie, nous allons nous confronter à des étapes de transitions, faisant partie de l’évolution vers notre individualisation. C’est le grand défi  de notre vie. À chaque étape du processus, une marche initiatique nous amène à nous libérer de pensées limitantes, nous remettant au centre de notre vie pour évoluer vers le chemin de notre unité. Accepter toutes ses dimensions, le moi comme le soi, sans interférence du mental, sans manipulation intérieure, où rien d’extérieur ne nuit à notre intérieur qui reste serein malgré les changements : être libre…

L’homme libre est celui qui ne dépends plus de ces « états d’âme ». Il ne raisonne plus, les phénomènes changeants ne le dérangent plus, il vit chaque expérience comme l’expérience et ne subit plus ses préférences, ses concepts, ses envies.

Il faut relever tout même la différence notoire entre « ne plus subir ses états d’âme », quand on prend de la hauteur entre le moi et le Soi, et « ne plus avoir d’âme » du tout, où l’on devient un robot sans conscience !

À chaque étape du processus vers notre individualisation, notre conscience grandit. Mais si la personne résiste dans cette nouvelle étape, et qu’elle reste passive à son évolution, elle vivra un vide intérieur progressif entre l’âme et son mental conscient se traduisant par la tristesse de l’âme. L’individu perd de vue le sens de sa vie, sa joie de vivre, ses projets d’avenir -même s’il a une vie remplie par le travail et la famille. L’écart se creuse entre sa vie extérieure et sa vie intérieure : c’est la nuit noire de l’âme.

A chaque transition importante, il existe une petite mort et on se sent perdu, seul, sans savoir qui on est, ou quoi faire -encore moins où aller. C’est le chaos, nous n’y entendons plus rien à notre vie qui n’a plus de sens. Il ne s’agit pas d’un désespoir, mais d’un vide intérieur béant de notre personnalité qui n’arrive plus à s’identifier à quoi que ce soit.

Vous perdez votre personnalité pour aller vers votre individualité.

C’est à ce moment, dans cette nuit noire absolue qu’il est possible de lâcher ses croyances, de remettre en cause ses connaissances et concepts de la vie  (qui jusque là fonctionnaient très bien ) mais qui aujourd’hui sont lettres mortes. Il va falloir apprendre à regarder avec un nouveau regard, car les vieux réflexes ne sont plus possibles. Quand vous perdez toute orientation et identification à ce qui vous étiez et que vous n’avez plus aucune confiance en vous et que vous doutez de tout en permanence, vous apprenez à lâcher l’idée même que vous vous faisiez de vous à travers vos conditionnements.

Il est possible que ceux qui vivent cette initiation ont déjà fait un chemin d’épuration depuis longtemps et ont déjà eu le contact à l’âme ; mais il leur est demandé d’abandonner l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, par rapport au bien ou au mal et tout ce qu’ils ont construit pour se protéger. C’est une période éprouvante au cours de laquelle un nouveau potentiel s’offre à nous et redéfinit le futur.

À cette étape de retour sur Soi, quand nous regardons nos souffrances avec une autre perspective, nous laissons entrer en nous un nouveau programme : une nouvelle conscience plus grande que soi. Le chemin peut sembler initiatique : une initiation se produit quand on intègre un nouveau champ de conscience. 

Le moi est la conscience de notre personnalité, qui est conditionnée par des programmes mis en place dans la petite enfance, qui ont construit des croyances limitantes et des jugements.

Le Soi est une conscience plus vaste. Le soi nous donne accès à une vision globale, et permet de voir l’image que l’on se fait de sa propre personnalité, du ou des rôles que l’on joue. Le moi doit grandir pour accéder au Soi, qui  est lui-même inspiré par le Soi Universel (la sagesse supérieure) : la conscience universelle. À chaque processus, on se libère des entraves de notre ego qui vit dans la dualité.

« Je détiens la vérité ! » dit l’égo

« Il existe d’autres vérités ! » dit l’âme

« Je ne suis attaché à aucune vérité ! » dit l’Être.

Évoluer demande d’aller au bout de son mental et de se reprogrammer. Cela se passe par vagues vous êtes confronté à vos peurs et terreurs, enfouies dans chaque corps (physique, émotionnel, mental ). C’est pourquoi cela prend plusieurs mois au cours desquels vous allez identifier vos croyances sur le plan matériel, puis émotionnel, puis mental. Vous allez changer vos repères, ceux que vous pensiez justes ou acquis, pour vous amener à redéfinir vos constructions mentales. C’est seulement quand on déstructure ses a priori, ses désirs, ses préférences et croyances, ses attachements, que nous parvenons à nous relâcher dans le corps physique, émotionnel et mental et que nous accédons à la lumière de notre âme (elle-même éclairée par l’esprit). Quand nous vivons le silence de l’âme, il s’agit d’un moment où la voix intérieure qui nous nourrissait auparavant, se tait. Et l’intuition qui pouvait nous guider se perd dans d’innombrables doutes et peurs. On ne sait plus quel est le chemin, car rien de ce qu’on avait bâti auparavant ne fonctionne, tout est bloqué. Ainsi, tout nous échappe, parce qu’il nous faut tout abandonner. Ainsi c’est là que la lumière de l’âme se trouve absorbée par la lumière de l’Être.

À chaque passage initiatique, il y a résistance du « moi » donc des difficultés et des blocages apparaissent. Il y a une force d’inertie qui nous plombe. Les remises en question viennent pour faire naître le nouvel état d’esprit qui permettra le changement radical : la révélation intérieure ! Mais cela se fait par phases, notamment par des petites « dépressions » qui sont en fait des phases de rétraction de conscience avant de faire le saut vers une autre conscience. C’est le même processus que celui de reculer pour mieux sauter.

Quand le moi résiste, c’est que vous êtes sur le bon chemin. Continuez…

Au début du chemin de l’éveil spirituel, nous prenons contact avec l’âme et on est pénétré d’une joie non dissimulable. Nous nous livrons à cette nouvelle connaissance spirituelle qui devient le guide de notre vie ! C’est notre âme qui naît et prend toute sa place dans notre vie ; ainsi, nous changeons de fréquentations, de pensées, parfois même de travail. Nous sommes « guidés ». En fait, durant cette période les personnes vivent leur premier contact à l’âme et elles apprennent à voir la vie par d’autres perspectives. C’est le  » nouveau monde existant de l’âme « .

Parce que nous avons un nouveau regard sur la Vie qui prend forme, nous commençons à nous réapproprier nos mémoires, nos karmas. Le travail d’épuration et de déconditionnement commence, au fur et à mesure de l’évolution. On observe les recoins de notre personnalité avec le discernement de notre âme. Mais cette vision peut encore restée attachée à une certaine forme de bien-pensance (ou d’orgueil spirituel). Alors, quand le moment est finalement venu de se libérer de ses conditionnements (y compris spirituels) pour accueillir en pleine conscience, sans jugement, notre inconscient,  le processus de l’absorption de l’âme (la conscience incarnée) vers L’Esprit (la conscience désincarnée) commence et c’est la nuit noire de l’âme. Il y a libération des dépendances émotionnelles ou mentales de sa personnalité.

Si l’on veut être certain de la route que l’on foule, il nous faut fermer les yeux et marcher dans le noir_ Saint Jean De La Croix

Le noir exprime le non contrôle de sa personnalité, qui est dépouillée de ses croyances, de ses illusions. Si l’ego est dépourvu de ses filtres de désirs, de jugements, de préférences, de catégorisations, alors vous n’aurez plus d’entrave pour entendre la voix de l’âme qui pourra vous guider par la lumière de la conscience universelle. C’est pour cela que votre âme se tait : pour se fondre dans cette lumière et transcender l’égo. À ce moment, le relais est pris et on est uniquement au service de son cœur.  Vous vous détournez de votre conscience et de ses conditionnements pour aller vers la conscience universelle : la source.

« Le plus grand effort humain est de guider l’âme humaine vers l’état suprême de perfection et d’union avec l’un »_Plotin

Il faut tenir bon dans les moments où le silence est absolu et le doute est partout. C’est l’effondrement de la dualité qui fait apparaître la conscience divine, sans limitation. C’est l’amour, c’est le plein et le vide en même temps, c’est l’Union parfaite. Pour passer la porte de la singularité, il faut devenir « personne » : c’est la fin de l’identification par l’ego.

Là ou il n’y a plus de souffrance, il y a l’aube de la sagesse supérieure réalisée et immuable. À ce moment, vous ne dépendez plus des phénomènes changeants. Vous n’êtes rattaché à aucun concept en particulier, vous êtes libre de toute matrice. Votre mental s’est tu, seule votre âme connectée à la source vous guide et votre Soi reflète le divin.

La structure même du cœur n’est plus conditionnée. Vous n’avez plus d’idée reçue sur « comment faire » ou « quoi faire » pour être aimé, ni vous sentir désirable. Seule l’unité compte.

Le conditionnement d’être dans la bien-pensance du bien! Le bon soldat, la bonne personne, être quelqu’un de bien… Voila le travail à faire dans cette nuit obscure : accepter notre partie sombre. Et accepter que toutes les idées reçues sur ce qu’est « l’amour » peuvent elles aussi changer de perspectives. Ainsi, en acceptant son coté sombre, je me permets de m’aimer totalement.

C’est un exploit de se changer véritablement de l’intérieur pour ne plus subir l’extérieur ! La nuit noire de l’âme permet de s’aimer intégralement, afin de ne plus chercher l’amour chez l’autre mais de le trouver en Soi totalement et d’en devenir la source.

Corinne Schell pour Shelvene.com

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